SALIMA AÏT MOHAMED se confie au courrier d'algérie

Publié le par Espace dédié à la femme du Nord africain.

salima10.jpgÉCRIVAINE ET JOURNALISTE PROLIFIQUE, SALIMA AÏT MOHAMED SE CONFIE :
«Je crois que tout exil est prolifique»



Salima Ait-Mohamed est née le 30 avril 1969 à Aït-Eurbah, petit village perché du Djurdjura, célèbre chaîne montagneuse de Haute Kabylie, lieu de naissance du regretté Mohia, dramaturge et homme de culture célèbre.
Ayant grandi dans le centre d'Alger, elle a nourri très tôt un amour incommensurable à cette cité millénaire, ou se lisent encore les traces des grandes civilisations qui l'ont traversée à travers les âges.
Les étés et quelquefois les printemps se déroulaient en Kabylie, auprès d'une aïeule qui la nourrissait de son imaginaire kabyle et de sa sagesse berbère et séculaire.

Doucement se tissait l'attachement à sa triple culture berbère, arabe et francophone.
Indubitablement, se construisait un intérêt très fort pour la littérature, la philosophie et toutes les sciences humaines.
Exerçant le métier de journaliste dans la presse écrite et radiophonique, étant productrice culturelle entre 1988 et 1995 et suite à des menaces multiples, elle a choisi de se déplacer vers le sud de la France.

 

Le Courrier d'Algérie : Pouvezvous nous parler un peu plus de Salima Ait-Mohamed ?

Salima Ait-Mohamed : Bac Lettres obtenu au célèbre lycée Omar Racim d'Alger, en 1987.
Licence de philosophie à l'université d'Alger, en 1991.
Licence d'ethnologie à l'université d'Aix en Provence, en 1995.
Dès l'âge de 18 ans, j'ai été attirée par les médias et leur rôle dans l'évolution des sociétés.
A cet âge, avec des copains qui partageaient avec moi cette passion, je me lançais dans la création d'une revue de poésie et de philosophie.

Nous avions choisi de lui donner le nom de «Schérazad», pour évoquer le pouvoir des mots et l'espoir de changer les choses, dans cette Algérie des années 80, assoiffée de liberté et d'amour.
Il s'en est suivi rapidement une collaboration dans les pages culturelles des journaux Horizons, l'Avenir, un organe francophone du RCD, le premier parti politique laïque de l'Algérie et fervent défenseur des droits des femmes et de la culture, El-Wattan et Le Matin où j'ai dirigé la rubrique culturelle.
Jusqu'en 1994, j'ai été journalistereporter à Algérie-Actualité qui fut une très grande école de journalisme critique et un des derniers bastions de la francophonie en Algérie.
J'y fus recrutée par le grand journaliste, poète et écrivain Tahar Djaout.
Son assassinat fut une tragédie pour sa famille, ses amis et tous les démocrates de l'Algérie.
Pour surmonter ce choc et cette terrible injustice, je me suis réfugiée dans le travail intense et incessant.
La menace grandissante du terrorisme était implacable et insurmontable.
Comme beaucoup d'intellectuels, j'avais le choix entre mourir ou partir.

J'ai préféré tenter de survivre et de témoigner de l'horreur que nous avions subie et de toutes les affres qui font et défont le quotidien du peuple algérien, aujourd'hui encore.
Depuis, l'écriture est devenue ma principale activité.
Je poursuis mes recherches sur le patrimoine berbère et ses nombreux apports à l'histoire de la Méditerranée.
J'ai pu collaborer à diverses revues spécialisées, en France.
J'ai créé, produit et animé des magazines féminins quotidiens, des émissions estivales, culturelles hebdomadaires spécialisées et des reportages divers dans les domaines culturels et sociaux à la chaîne II de la radio nationale, des chroniques littéraires et des débats et interventions à propos de la culture et de la société à la chaine III de la même radio.

J'ai aussi exercé à l'Entv de 1992 à 1994 et j'ai eu une activité artistique puisque depuis 1994, j'interprète des chants berbères anciens, à Capella.
Je me produis dans des théâtres pour des récitals de contes et de poésie.
J'adapte aussi au théâtre quelques-uns de mes contes et j'ai réalisé des exposition de toiles de calligraphie berbère.
Vous avez aussi plusieurs ouvrages à votre actif… En effet, j'ai pu publier plusieurs ouvrages comme Alger, Ttriste Soir, (poésie, Ed.
Autres Temps, Marseille, mai 1996), Écrits d'Algérie, anthologie de poètes algériens, Ed.
Autres Temps, Marseille, septembre 1996), La cuisine égyptienne Des Pharaons à nos Jours (Ed.
Autres Temps, Marseille, avril 1997), contes merveilleux de sla méditerranée (Ed.
Autres Temps, Marseille, mars 1998), contes magiques de haute Kabylie (Ed.
Autres Temps, Marseille, mai 1999) Poésie grecques contemporaine, des îles de musés (Ed.
Autres Temps, Marseille, mai 2000), D'Alger et d’amour (poésie, Ed.
Autres Temps, Marseille, février 2001)

Comment êtes-vous venue à la littérature ?
J'ai commencé par faire des études de lettres et de philosophie, parce que naturellement attirée par ces deux univers.
A 18 ans, j'avais déjà écrit mon premier recueil de poèmes: «Le Bleu Sauvage de Nuit».
Etudiante alors, à l'Institut de Philosophie d'Alger, j'avais entamé une carrière dans la presse écrite.
Les deux écritures allaient de pair et se nourrissaient mutuellement l'une de l'autre.
Je dirai que je suis venue à la littérature par le hasard et le goût des mots.
Ces mots devenant progressivement plus ancrés dans la réalité de l'Algérie que je découvrais en tant que citoyenne et en tant que journaliste.
Peu à peu et depuis le début de mon exil, l'écriture devient de plus en plus littéraire mais constamment nourrie par les inquiétudes qui traversent mon pays d'origine et sa culture.
Avec cette différence, mon regard s'approfondit et s'attarde davantage sur l'Histoire et l'Identité.
Car il me semble que, tant que ces deux chapitres ne sont pas traités avec sérénité et réalisme, des malaises se poseront et persisteront.


Vous avez publié de nombreux livres commençant par «D'Alger et D'amour», qu'évoquent-il justement ?
Ce long poème, presque musical, est une promenade historique, identitaire, pittoresque et suggestive d'Alger et de ses environs.
Je me suis racontée, en «visitant» ma ville, mon berceau, lieu de tous les cris et de toutes les joies que j'ai connus.
On y retrouve des quartiers populaires, des monuments, des sanctuaires.
On y retrouve, Alger, ses femmes, sa lumière et sa beauté.
«D'Alger et d'Amour» évoque mon regard sur cette ville si symbolique, si convoitée et si disputée.
Cet Alger meurtri qui se dessine, malgré tout, pétri d'espérance et de jubilation.


D'où est venue l'inspiration pour cette oeuvre ?
J'ai publié ce recueil quelques semaines avant la naissance de ma fille.
Je voulais lui offrir une ouverture sur la culture maternelle et ce lien indéfectible et irréversible d'avec sa terre.
Il se trouvait que cette écriture s'est imposée en douceur et en accalmie.
Nous sommes tous préoccupés par la transmission et ce qu'elle devrait comporter d'essentiel.
Celle que je voulais offrir à ma fille était liée à ma ville, à ma culture, à mon pays dont j'étais désormais éloignée.


Vous avez écrit aussi des choses sur le conte…
En effet, j'ai commencé par un recueil de «Contes Merveilleux de la Méditerranée» où je célèbre cette oralité à la fois même et différente sur les rives de notre précieuse Méditerranée.
Et puis, j'ai consacré un recueil de « Contes Magiques de Haute Kabylie » où là, je me laisse traverser par une série de contes narrés par mon ailleule, Yaya Taous, à qui je dois ma sensibilité précoce vis à vis de mon identité amazighe.
Et, comme vous le savez, le conte une source ethnographie inépuisable pour comprendre le fonctionnement d'une société et ses fondements.
Les « Contes Magiques de Haute Kabylie » est aussi le signe ma reconnaissance à cette culture millénaire et en souffrance qui est la culture berbère.
Et puis l'impact qu'a eu ce livre en territoire d'exil est remarquable.
Le lectorat français s'est montré très intéressé par l'apport de cet ouvrage.


Quels sont les écrivains qui vous influencent ?
Les auteurs que nous lisons et que nous aimons nous traversent et laissent en nous des traces indélébiles parce qu'ils nous ont émus, ouvert les yeux sur des mondes nouveaux ou méconnus, parce qu'ils nous confient une partie d'eux-mêmes.
En cela nous sommes légataires et passeurs de leur mémoire.
Ce n'est pas rien ! Nos auteurs classiques ont quasiment tout dit.
Il est très difficile d'oser apporter sa pierre à l'édifice de la littérature algérienne après leur passage.
Personnellement je pense que mes lectures de Mammeri, Kateb, Dib, Feraoun, les Amrouche, Djebar, Mimouni et Djaout m'accompagnent toujours dans la compréhension de ma culture d'origine.
Je les relis souvent avec un plaisir sans cesse renouvelé.


Le dernier livre que vous avez lu…
Je viens de relire, pour la nième fois «Les Propos d'Alain ».
Une espèce de livre de chevet philosophique simple et utile pour le quotidien, pour la vie ! Auquel je reviens de temps en temps pour ressourcer mon regard.
En même temps, et pour une autre forme de lecture, je viens d'entamer l'intéressant livre du journaliste marocain Ali Ammar : Mohamed VI, le grand malentendu.
C'est un ouvrage qui propose une lecture du Maroc actuel, avec toutes aspirations et ses malaises.
Et je dois dire que je suis agréablement surprise par la liberté de ton que prend ce journaliste.
Je crois que nos pays d'Afrique du Nord gagneraient à libérer véritablement l'expression et à mener les peuples vers plus de démocratie.
Car ces deux revendications ne cessent pas d'alimenter l'instabilité politique en ces territoires.
Tous les peuples finissent par y accéder un jour ou l'autre.
Il y préférable d'y aller paisiblement.


Vos livres sont-ils disponibles en Algérie ?
Non, hélas ! J'aurais bien aimé pourtant.
La reconnaissance des miens importe beaucoup à mes yeux.
J'espère qu'il s'en trouvera un éditeur qui osera ! Ceci dit, cette question touche du doigt le statut de l'écrivain exilé et de sa reconnaissance dans son territoire naturel.
A ma connaissance, cette question est délicate.
Nous avons vu des reconnaissances qui ont tardé à arriver.
L'élément essentiel dans la reconnaissance est le public.
Si le public crée l'intérêt, et le besoin, les professionnels du livre suivront.
En effet, je nourris l'espoir d'être lue par les miens et chez-moi.


Avec du recul, considérez-vous que cela vous permet une écriture plus prolifique ?
Je crois que tout exil est prolifique.
Car, l'exil n'est pas chose naturelle.
C'est un arrachement, un déracinement qui se oivent plus ou moins mal.
Pour ma part, j'ai traversé un début d'exil assez douloureux, où j'ai beaucoup écrit et parlé.
Il y avait urgence à expliquer cette douleur et à l'exorciser.
Les choses étant dites, on s'approprie le nouveau territoire et on s'y enracine tant bien que mal.
Je ne connais pas d'exil doux.
Il s'agit de se réinventer, se créer une nouvelle vie et de se projeter dans l'avenir avec toutes ses incertitudes et ses angoisses.
Et c'est précieusement ces angoisses-là qui deviennent matière à la création littéraire ou autre.
Quant au recul, il est indéniable qu'il se crée après le départ de nouveaux repères, un nouveau regard, une nouvelle appréciation des êtres et des choses.
Et je dois dire que, me concernant, ce recul est d'une importance extrême, car il permet de dépassionner les débats et donc d'aller vers plus de profondeur et d'authenticité.
Et je peux dire que mes rapports avec mon pays et les miens deviennent moins névrotiques.


Ecrivez-vous dans l'espoir de contribuer à l'évolution de la situation de la femme.
En d'autres termes, êtes-vous féministe ?

Question intéressante : pourquoi écrire ?
J'écris pour me retrouver, retrouver mon enfance, retrouver les premiers émois, retrouver tous les paradis perdus ou arrachés.
J'écris aussi pour dénoncer certaines injustices, certains déséquilibres.
Et il est clair que les inégalités vécues par les femmes en Algérie ou en Méditerranée m'interpellent.
Comment ne pas en parler ?
L'écrit peut devenir la dimension où l'on répare la blessure, soigne le mal, propose une perspective de solution.
Ce n'est pas toujours conscient, mais, en effet, j'écris avec mes convictions d'égalité, de liberté et d'optimisme.
Quant au port d'étiquettes, je m'en méfie.
Pour moi, seuls les actes comptent.
Seules les prises de position et de courage définissent l'engagement que nous avons vis à vis de certains combats essentiels.
Mais le féminisme n'est pas le seul combat qui m'intéresse.
J'adhère aussi et totalement à celui des libertés, de toutes les minorités, à celui de l'écologie, entre autres.
Tout acte, toute réflexion qui peuvent nous conduire à un monde plus juste et plus équilibré suscite en moi l'envie d'adhésion et de solidarité.


Qu'en-est-il de vos projets ?
J'ai plusieurs écrits en chantier…Un roman sur une épineuse relation Francoalgérienne, où j'aborde notamment la difficulté que nous avons les uns et les autres à parler de l'histoire de la colonisation.
Un recueil de poèmes nés parmi les feux d'une passion, et un recueil de nouvelles où les histoires se passent en Méditerranée avec comme toile de fond les excès mais aussi les charmes des Méditerranéens.
J'ai des conférences, des expositions en perspective.


Un mot pour conclure…
Je n'aime pas les conclusions !! Elles sonnent le début de la fin car étant nostalgique, je peine à tourner les pages.
Alors, voici un mot pour commencer: Aimer.
Sans amour tout me parait si fade et si inutile.

Entretien réalisé par Hafit Zaouche
Le courrier d'Algerie, édition du jeudi 31 mars

Repris du forum aokas-aitsmail

http://aokas-aitsmail.forumactif.info/t4989-salima-ait-mohamed-se-confie-au-courrier-d-algerie#29695

 

Publié dans Culture

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louanchi 01/08/2013 21:58



HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE

lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un
seul aujourd'hui se décide à parler.


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012
sur radio-alpes.net